Depuis combien de temps pratiquez-vous la photo ?

…Comme beaucoup, j’ai commencé la photo avec un appareil argentique (un vieux boîtier russe de marque Pentacon…) et à développer moi-même mes photos, sous le regard vigilant de mon père, dès l’âge de 12, 13 ans dans la salle de bain familiale.
Persuadé de jouer les apprentis sorciers, j’étais fasciné (et le demeure toujours) au moment même où la photo se révèle et fixe les noirs, et je pense que ce moment nous échappe toujours, comme un rituel de passage, nécessaire, de la création à celui de l’impression, du réfléchi au tactile.
Maintenant, si l’on parle de photos dans un but et une démarche « artistique », je dirais que je pratique « réellement » depuis 2002.

Qu'est-ce qui vous a amené à faire de la photo ?

…Sans aucunes hésitations, le cinéma.
Passionné par la vidéo et le montage, c’est donc naturellement que je jongle entre image fixe et image en mouvement. En découvrant Jim Jarmush, David Cronenberg où David Lynch, j’ai pris conscience de l’importance de la photo au cinéma et de la réflexion qui s’impose autour du cadre.
La photographie est un médium passionnant car c’est le seul qui permet de recréer une disparition mentale, un fragment de temps qui nous a échappé, c’est pour cela qu’il est un espace purement subjectif : chaque photo est propre à son auteur et chaque cliché une tentative d’autobiographie.

De quelle façon pratiquez-vous la photo ?

…de manière compulsive.
Comme un besoin et une envie irrésistible. Je peux passer plusieurs jours, voire plusieurs semaines, à laisser mon appareil dans son étui puis passer des journées entières à mitrailler. C’est selon. L’appareil est un outil (excusez-moi pour ce pléonasme), un « entre-deux », entre l’instant de la prise de vue et le cliché définitif.

Quand vous prenez une photo quel est le point le plus important, sur lequel vous vous focalisez ?

… Ma recherche en photo se pose à la fois sur les couleurs et leur agencement, quant à la lumière, sur le vif ou recrée, elle tient une position maîtresse comme garante d’un bon fonctionnement.
L’approche du numérique et du traitement informatique permet également une recherche poussée sur les textures, une possibilité d’accumuler des couches, et de créer une matière nouvelle, une « nouvelle chair », qui donne à la photo un statut qui n’était pas possible d’envisager auparavant…

Quel est le lieu que vous préférez shooter ?

…Ils sont multiples. De préférence la rue, avec son lot d’aléatoire et d’éphémère (graphs, tags, affiches déchirées, foules). J’envisage maintenant un travail en studio sur le portrait, qui est un genre à la fois populaire et totalement fascinant. Le visage est une source inépuisable en photo et, qui plus est, constamment renouvelé. La remise en cause du photographe y est constante.
   
Pourquoi avez-vous choisi d'être béta-testeur pour Eyeka ?

…J’ai découvert le site d’Eyeka par hasard, en feuilletant un magazine qui décrivait la naissance du site. Avoir fait le choix d’être bêta-testeur c’est comme décider d’embarquer pour une terre inconnue. L’attrait du « voyage » sans doute…

Que pensez-vous de ce type de plateforme de partage de contenu et de l'émergence du contenu amateur dans les médias ?

… A la base, je trouve cela plutôt attrayant. Une plate-forme qui vous permet d’héberger vos photos et qui vous donne la possibilité de créer un réseau de passionnés, avec une autorisation de diffusion des photos permettant d’éviter le tout et le n’importe quoi, je dis « banco ».
De plus, le véritable « amateurisme » en photo (ou vidéo), vivier où foisonne de nombreuses idées et inventivités, est souvent une première étape à la « professionnalisation », une peur d’aller plus loin, le plus souvent.
Comme ce type de plate-forme vise à terme à inviter les professionnels à venir voir les différents talents que le site héberge, je trouve cela encore plus intéressant.
Dans un idéal, la création d’un réseau physique entre membres, voire la possibilité d’une exposition commune serait un premier aboutissement.